Atelier #1: le 29 septembre 2015 à Nantes


Dans les locaux de l’École la deuxième chance de Nantes, une trentaine de personnes se sont retrouvée le 29 septembre 2015 pour participer au premier atelier de travail du programme DOMINO. Résultat : le premier chantier du programme est lancé ! Une grille d’analyse des enjeux territoriaux soulevés par le développement des pratiques collaboratives devrait voir le jour d’ici quelques mois… . Retour sur les réflexions partagées au cours de cet atelier.

Le programme DOMINO est construit autour de trois objectifs opérationnels :
  • Explorer collectivement les enjeux territoriaux soulevés par le développement des pratiques collaboratives.
  • Construire une méthodologie essaimable visant à évaluer la durabilité des pratiques collaboratives territoriales.
  • Formuler des préconisations à destination des décideurs publics en matière de déclenchement, d'accompagnement et de pérennisation des pratiques collaboratives durables.

Pour ce premier atelier, il s’agissait donc de lancer le premier chantier : l’exploration collective des enjeux territoriaux soulevés par le développement des pratiques collaboratives. Objectif : construire une grille d'analyse qui permette aux acteurs territoriaux de mieux appréhender les enjeux posés par le développement des pratiques collaboratives, d’identifier les pépites (idées de projets, astuces à adopter, etc.), les opportunités (intérêt, leviers d'action etc.) et les points de vigilance (limites, questions à se poser, etc.) pour leur territoire.

Nous nous sommes alors confrontés à une épineuse question : “Par quel bout débuter ?!”. La tâche était ardue pour plusieurs raisons :
  • L’absence de définition stabilisée ;
  • La diversité des pratiques réunies sous ce vocable ;
  • La pluralité des acteurs impliqués directement ou indirectement ;
  • Le nombre important de secteurs d’activités impactés par leur développement.

Tout l’enjeu de ce premier atelier était donc de définir collectivement quelques axes (6 maximum), devant nous permettre de creuser les enjeux territoriaux soulevés par le développement des pratiques collaboratives.

N'hésitez pas à visionner le diaporama de l'Atelier #1 !

Comment nous y sommes nous pris : retour méthodologique.

Divisés en cinq tables, chaque groupe avait pour mission d’imaginer 6 axes (maximum).
A sa disposition :

N'hésitez pas à télécharger et réutiliser les fiches et les propositions d'axes !

A partir de ces éléments de réflexion mais aussi des préoccupations et intérêts des différents participants, chaque groupe s’est entendu sur une proposition d’axes à explorer.

Les propositions d'axes des 5 groupes

Groupe 1
La réflexion est partie de l’idée qu’il y avait des manques sur les territoires. Comment surmonter ces manques ?
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Par deux façons nécessairement imbriquées : la mobilisation citoyenne et l’action publique. Ils se déclinent aussi en besoins : s’éduquer, se soigner, être mobile, se nourrir, se loger, se divertir. Pour les satisfaire, il est nécessaire d’avoir accès à des financements, à des partages d’espaces, de biens, de services, d’expériences et à de la production et du travail. De plus, une problématique transversale doit être prise en compte : celle des déchets. Le schéma ci-dessous tentent de synthétiser cette réflexion du groupe. Nous n’avons pas vraiment dégager d’axes, mais ils pourraient être : - mobilisation citoyenne - action publique - financements - Partage - Production / travail - déchets.

Groupe 2
Notre groupe est d’abord parti de l’idée que l’important résidait davantage dans le “comment collaborer” et le “pourquoi collaborer”, plutôt que le “pour qui collaborer” ou le “pour faire quoi”. Puis nous nous sommes questionnés sur la-les transformation(s) qu’apportai-ent les pratiques collaboratives. Enfin, nous avons évoqué que derrière les pratiques collaboratives se tenait en filigrane la notion de résilience individuelle et collective. Et tout cela nous a amener à souhaiter questionner les pratiques collaboratives au regard de 6 axes :
  • L’accomplissement personnel,
  • Le renforcement des capacités des personnes,
  • Les hiérarchies,
  • La propriété,
  • Les valeurs,
  • Les capacités collectives (communautés).
Il y a ainsi des dimensions d’ordre individuel (les 2 premières) et d’ordre plus collectives (la dernière) permettant de se placer en situation de résilience (mise en capacité) ainsi que des dimensions (hiérarchies, valeurs, propriété) qui tiennent aux transformations induites par les pratiques collaboratives dans les formes d’organisation (hiérarchies-formes d’organisations plus souples et plus horizontales), dans les rapports à la propriété (substitution de l’usage à la possession, logique de partage etc.) et dans les finalités et les modalités d’évaluation (les valeurs).

Groupe 3
Nous sommes partis du constat que les pratiques collaboratives interrogent tous les acteurs des territoires - publics comme privés, individuels comme collectifs - au delà de leurs secteurs d’activités ou de compétences. Il nous a donc semblé intéressant d’interroger les enjeux soulevés pour chacun de ces acteurs par le développement des pratiques collaboratives - que ce soit en interne (renouvellement de leur façon de faire et de s’organiser) ou en externe (renouvellement de leur façon de faire et d’interagir avec leur écosystème). Nous avons identifié 4 types d’acteurs :
  • Les collectivités publiques
  • Les collectifs formels (structurés juridiquement - ex : association)
  • Les collectifs informels (non structuré juridiquement - ex : collectif de jardiniers urbains de type Incroyables Comestibles) ;
  • Les entreprises (hors du champ de l’ESS).
Ces réflexions nous ont conduit à nous interroger sur la manière dont l’individu / le citoyen / l’habitant / le travailleur est impacté ; ce qui nous a amené à identifier deux enjeux territoriaux trans-sectoriels soulevés par le développement des pratiques collaboratives :
  • Le travail : les pratiques collaboratives bouleversent la composition et les formes de l’emploi et à fortiori nos représentations de la notion travail.
  • Le vivre-ensemble : les pratiques collaboratives interrogent les notions de lien social, de partage et de solidarité.
Les 6 axes que nous avons retenus sont donc les suivants :
  • Les collectivités
  • Les collectifs formels
  • Les collectifs informels
  • Les entreprises
  • Le travail
  • Le vivre-ensemble

Groupe 4
Notre groupe a cherché différentes manières de percevoir et d’analyser les pratiques collaboratives aujourd’hui; Quelles sont les grandes spécificités des pratiques collaboratives, quelles sont les caractéristiques qui font qu’elles se développent ? Pour qui ? Pour quoi?
Au fur et à mesure des débats, nous nous sommes aperçus que nous avions pris la logique de voir l’individu au centre de la pratique, autrement dit, nous sommes allés de l’individu vers la communauté.
  • Accessibilité (culture, exclusion, pauvreté / au numérique / spatiale)
  • Urbain / Rural : Postulat que les pratiques ne sont pas les mêmes, qu’il n’y a pas les mêmes besoins, ou qu’un même outil peut être pensé différemment selon l’espace urbain ou l’espace rural (Lien avec la densité, une culture différente, …)
  • Profit / Gain : L’individu se rapproche d’une pratique collaborative pour créer de l’économie, pour profiter d’un marché.
  • Échange non monétaire: L’individu utilise le fonctionnement collaboratif avant tout pour faire des économies (échange de bon procédé)
  • Dons / Valeurs de l’échange

Groupe 5
Face à l’étendue de la thématique, que ce soit du côté des pratiques collaboratives ou des territoires, nous avons fait le choix de ne pas être exhaustif dans notre appréhension des enjeux territoriaux soulevés par les pratiques collaboratives. Nous sommes alors partis d’enjeux qui nous semblaient intéressants à creuser et qui concernent l’ensemble des territoires.
Les 6 enjeux que nous avons retenus - sous forme de question - sont les suivants :
  • Les pratiques collaboratives, une opportunité pour agir sur le vieillissement de la population ?
  • Comment valoriser et favoriser la mise en réseau des ressources immatérielles du territoire pour enrichir le mieux vivre ensemble ? :
  • Comment imaginer des pratiques collaboratives territoriales dans le champ des circuits-courts alimentaires ?
  • Comment imaginer des systèmes de production décentralisée (déchets, énergie) ?
  • Le partage et la mutualisation des espaces/des lieux, une réponse aux problématiques de foncier ?
  • Quelle place pour l’acteur public local dans une société collaborative ?

Les cinq axes que nous avons finalement retenus

A partir de toutes ces propositions, nous avons débattu et abouti à la formulation de 5 axes transversaux :
De l’individu au collectif, devenir contributeurs ?
Covoiturage, revente et achat de biens d’occasion, dons, partage d’information et de connaissances : les pratiques collaboratives se développent depuis quelques années ; de nouveaux usages apparaissent, d’autres se démocratisent, esquissant pour certains une société plus contributive. Mais pour quelles raisons une personne décide-t-elle d’échanger, de partager quelque chose ? Pourquoi d’autres ne le font pas ? Comment alors diffuser cette culture du partage et rendre accessible ces usages à l’ensemble des acteurs d’un territoire ? Plus largement, ces pratiques collaboratives sont-elles seulement une évolution des formes de consommation ou esquissent-elles de nouvelles formes d’implication, renforçant ainsi les capacités d’agir individuelles et collectives ?

Quelle place pour l’acteur public local dans une société collaborative ?
Basées sur des échanges entre pairs (individus, organisations) au sein d’une communauté, les pratiques collaboratives bouleversent progressivement nos façons d’accéder à l’information, de consommer, de produire, de travailler et finalement, de vivre sur les territoires. Facilitée par le partage d’information, l’expertise citoyenne se renouvelle, les formes d’implication aussi. De nouveaux services et des pratiques émergent, sans que les collectivités puissent toujours les repérer ou même les accompagner. Face aux dynamiques horizontales et distribuées qui se développent, l’acteur public est peu outillé, plus habitué au système centralisé et hiérarchique qui caractérise son fonctionnement interne. Ne peut-on pas imaginer un service public local collaboratif, qui permette à la collectivité d’innover dans son organisation interne et dans sa façon de concevoir des politiques ? Plus largement, alors que la désaffection des citoyens pour la chose publique s’accentue, les pratiques collaboratives peuvent-elles permettre de renouveler les mécanismes de la démocratie locale en repensant les relations entre acteur public et société civile (citoyens, organisations), ?

Les pratiques collaboratives, vecteur de solidarités sur le territoire ?
Alors que les financements publics se réduisent et que les difficultés sociales persistent, la question de la solidarité sur les territoires est d’autant plus cruciale. En favorisant la réutilisation et le partage de biens, de services et de connaissances, les pratiques collaboratives peuvent-elles contribuer à renforcer le mieux vivre ensemble sur les territoires ? Comment favoriser des espaces de vie inclusifs et solidaires ? Dans quelles mesures les pratiques collaboratives peuvent-elles permettre de répondre à des besoins peu ou mal pris en charge par le marché et l’acteur public ? Comment associer initiatives publiques et privées tout en évitant une marchandisation des solidarités ?

Le territoire, espace de co-production ?
Alors que la mondialisation de l’économie est souvent synonyme de délocalisation et donc de suppression des emplois sur les territoires, des alternatives de co-productions locales se développent tout azimut depuis quelques années : Circuits-courts alimentaires, coopératives d’énergie citoyenne, ou encore réseaux d’échanges de savoirs et initiatives de valorisation du patrimoine matériel et immatériel. En parallèle, l’essor du numérique et des plate-forme d’intermédiation favorise le développement de services collaboratifs (comme le covoiturage la revente d’objets entre particuliers par exemple) - dans lesquels les usagers sont tantôt demandeur, tantôt offreur.
Ces pratiques collaboratives permettent de co-produire un service, un bien ou des savoirs, entre acteurs d’un même territoire. Mais comment faciliter leur passage à l’échelle tout en gardant une cohérence avec les activités existantes, sans les affecter ? Et comment imaginer une répartition des richesses créées qui soient favorables au territoire et à ses citoyens ? Plus globalement, dans quelles mesures les pratiques collaboratives peuvent-elles permettre aux territoires de tirer profit des évolutions des formes du travail sous toutes ces formes, de l’emploi salarié au bénévolat ?

Vers un usage partagé des ressources territoriales ?
A l’heure de la raréfaction des ressources, de la surabondance des données, des enjeux environnementaux criants, comment les pratiques collaboratives peuvent-elles aider les territoires à tendre vers une meilleure optimisation de leurs ressources - matérielles et immatérielles ? Bricothèque, ateliers et jardins partagés, recyclerie et up cycling, flotte de véhicules partagés, espace de coworking ; toutes ces pratiques conduisent à repenser la manière de fabriquer et d’habiter son territoire, avec plus de services et moins d’infrastructures. En ce sens les pratiques collaboratives peuvent permettre de réduire les actifs dormants, de valoriser les déchets et plus largement, de réduire le gaspillage des ressources. Mais comment imaginer des biens et des espaces plus facilement partageables ? Comment fluidifier les formes de partages, notamment entre organisations publiques et privés ? Plus concrètement, comment organiser les autorisations d’accès, les responsabilités assurantielles et personnelles ?

Prochaine étape ?

D'ici le prochain atelier - qui se déroulera le 9 novembre à Morlaix, chaque participant va choisir l'axe sur lequel il souhaite approfondir ses réflexions. Il s'agira ensuite de se préparer individuellement au prochain atelier : en puisant dans ses connaissances personnelles et en mobilisant des ressources complémentaires. L'objectif : que chacun précise ce qui l'intéresse et l'interroge dans l'axe choisi et qu'il apporte de la matière pour étayer ses réflexions.